M. Edatsune, comment est née l'idée d'un APN à visée télémétrique ?
Etrangement, presque par la force des choses. Il y a deux ans, j'ai demandé à de réfléchir sur une éventuelle collaboration avec Epson pour réaliser un nouvel appareil numérique. Il faut dire qu'il est difficile pour un fabricant de trouver des collaborateurs, car tous ont déjà tout ce qu'il faut. Mais Cosina était intéressé et, fabricant déjà des télémètres, nous nous sommes naturellement orientés vers un appareil numérique à visée télémétrique. Cosina est un excellent fabricant de pièces détachées. Tout a commencé au printemps 2002.
Comment vous êtes-vous réparti les tâches ?
En toute logique, nous avons exploité les savoir faire de chacun : Cosina s'est chargé de la réalisation du viseur, du système à télémètre et du boîtier. Nous, chez Epson, nous nous sommes focalisés sur le capteur CCD, le traitement de l'image, le design et la définition du cahier des charges pour ce qui est des fonctions et des performances à atteindre. Seiko (groupe Epson) a réalisé les cadrans à aiguille, c'est le même savoir faire que les cadrans de montre.
Finalement qui assemble le R-D1 ?
La fabrication se fait au Japon, par des sous-traitants, pilotés par Epson.
Quelles valeurs du télémètre classique avez-vous voulu reprendre ?
A l'origine, les appareils à visée télémétrique comme les Leica étaient révolutionnaires de par leur petite taille. La compacité de l'appareil était donc une valeur clé à conserver et représentait un défi technique. De plus, pour rester fidèle à la tradition, nous avons voulu un plan film (ici le capteur CCD) très proche de l'objectif. Enfin, de par sa conception et sa petite taille, un appareil télémétrique ressemble presque à un jouet, il n'impressionne pas les sujets photographiés, les personnages sont plus naturels. Un gros reflex numérique avec un objectif pro peut ressembler à un fusil, c'est impressionnant et les gens photographiés perdent leur naturel. C'est un appareil idéal pour des portraits humanistes, intimistes. Avec un rangefinder (télémètre en Anglais), votre il vous reste un second ?il pour visualiser l'ensemble de la scène, au-delà du champs cadré, ceci améliore la création et permet d'anticiper sur l'arrivée d'un nouvel élément dans le cadre. Un reflex ne couvre souvent que 95% de la scène, sur un télémètre, vous dépassez les 100%. Les télémètres sont aussi plus silencieux et donc discrets que les reflex.
De quels atouts techniques êtes vous le plus fier sur le R-D1 ?
Tout d'abord l'autonomie du R-D1 est importante. Vous n'avez pas besoin de l'écran LCD pour composer vos photos puisque vous avez le télémètre. Selon la norme CIPA, l'autonomie du R-D1 est de 1000 photos si on prend 6 photos par minute, de 380 photos si on prend 1 photo par minute et de 3 heures l'écran LCD allumé.
Le plus ergonomique du R-D1 est l'utilisation de la molette qui permet de faire différentes choses en fonction de ce que vous faites avec l'appareil : actionne le mode loupe, fait défiler les photos etc? D'une manière générale, le R-D1 fonctionne comme n'importe quel appareil argentique. Tout utilisateur d'argentique se sentira instantanément très à l'aise avec les R-D1.
Ensuite, l'esprit Leica, repris ici, est aussi de faire des photos en intérieur à main levée. Il fallait donc rendre l'appareil très sensible tout en maîtrisant le bruit généré par le capteur.
En quoi un APN signé EPSON serait différent des autres ?
C'est toute notre approche qui diffère. Nous pensons que le but d'une photo est l'impression, le tirage. Il faut donc y penser en premier, au moment de la conception, ce que ne fait pas la concurrence qui ne se soucie pas de l'impression.
Chez Epson, nous avons développé le système EDIART pour Epson Digital Image Artist (ndl : notez que le deuxième prénom du papa du R-D1 est Eddie, on peut donc aussi lire ce sigle : l'art d'Eddie !). C'est toute la chaîne graphique qui est vue avec la même approche, de l'acquisition (scanners, APN) à l'impression, en passant par le traitement de l'image.
Grâce à ce système, la plage dynamique du capteur est améliorée, les hautes lumières ne sont pas brûlées. Les dégradés sont tout en nuance, les gradations imperceptibles. Le bruit est maîtrisé : nous avons fait des tests photo avec -4EV et le bruit généré par le R-D1 est inférieur à celui d'un Canon EOS 1Ds ou Mark II.
Enfin, le traitement des fichiers RAW est un traitement matriciel 3D, bien meilleur que les classiques traitement de dématrissage RVB classiques des concurrents.
Grâce à toute cette chaîne de performances, le Epson R-D1 est le premier au point de vu qualité d'image imprimée.
Pour cela, faut-il utiliser du matériel Epson de A à Z ?
En effet, pour un résultat optimal il vaut mieux ne pas briser cette chaîne et imprimer avec les encres pigmentaires Epson, conçues pour être intégrées à cette chaîne. Le résultat dans les tons chair est sublime.
Quel est votre marché cible et quels sont vos objectifs avec le
R-D1 ?
Ce sont les amateurs experts et les pros qui seront le plus attirés par le R-D1. Nous nous sommes fixés un objectif de 10 000 pièces annuelles.
Isao, Etes-vous content de vous ?
(ndlr, regard amusé et surpris, petit temps de réflexion.) Oui !
Y aura-t-il une suite à l'histoire du R-D1 ?
En effet, nous avons déjà commencé à travailler sur le prochain. Nous n'avons pas encore de date de sortie de prévue, mais on peut dire que si chez Epson nous arrêtons les compacts numériques, nous nous lançons définitivement sur le marché des appareils numériques télémétriques.
Isao Eddie Edastune, Zone Numérique vous remercie pour votre disponibilité et votre gentillesse. Merci également à la charmante Momose Yumi qui a arrangé ce RDV improvisé.