Le prix de la vérité

À l’origine, Micheal Woodford, un quinquagénaire britannique avait été embauché pour donner un coup de boost à l’entreprise japonaise Olympus, qui fabrique du matériel médical, photographique et industriel, en mauvaise passe depuis quelque temps. C’est la première fois qu’un non-Japonais arrive à la tête du groupe en tant que PDG, mais il n’y sera resté que deux semaines. Son licenciement brutal il y a quelques jours surprenait, alors qu’Olympus avait communiqué à propos de la bonne influence de Micheal Woodford à la tête de l’entreprise ainsi que de l’accueil positif de sa nomination sur les marchés financiers. La société reproche à son ancien PDG des « divergences dans l’orientation et la conduite des affaires« . Quelques jours plus tard, Micheal Woodford donne son avis sur les véritables raisons de son limogeage.

Micheal Woodford, explique avoir adressé une lettre au président honoraire du groupe Tsuyoshi Kikukawa pour éclaircir certaines transactions lors du rachat de Gyrus en 2008 qui aura coûté 1,07 milliard d’euros. 687 millions de dollars (environ 500 millions d’euros) ont été versés à des conseillers financiers en charge de l’opération, une somme trop élevée selon Micheal Woodford, qui estime que sur ce genre d’opérations les conseillers financiers ne doivent récupérer que 1 à 2 % de commission, soit 20 à 40 millions d’euros dans ce cas-là. 687 millions de dollars correspondent à deux ans de bénéfices chez Olympus, une somme loin d’être dérisoire. Olympus fulmine contre Micheal Woodford pour avoir révélé des transactions confidentielles et le renvoie donc brutalement. Il précise dans une interview donnée à Channel 4 que, 10 minutes après la réunion où il apprend son renvoi, un employé lui demande sa carte de crédit de l’entreprise ainsi que les clefs. Il apprend également qu’une limousine l’attend pour l’amener à l’aéroport.

À la tête d’Olympus, en pleine tourmente financière, on se sait pas comment noyer le poisson. Le groupe affirme une première fois que tout a été fait dans les règles comptables, un haut fonctionnaire affirme que le montant évoqué par Micheal Woodford est erroné. Dernière déclaration en date, Olympus reconnaît dans un communiqué mercredi 19 octobre avoir versé 687 millions et joue le jeu de la transparence en détaillant les comptes. En fait, ce ne serait que 443 millions de dollars qui seraient directement tombés dans la poche des conseillers financiers, une somme qui comprend leurs honoraires et des rachats d’actions préférentiels selon Le Monde. Toujours dans ce communiqué, Olympus ne dévoile pas l’identité des conseillers financiers, et affirme ne pas savoir où ils se trouvent depuis le rachat de Gyrus.


L’interview de Micheal Woodford sur l’affaire réalisée par Channel 4.

Les marchés s’emballent

Depuis les révélations qui entourent cette affaire, l’action d’Olympus ne cesse de baisser. Le licenciement du PDG et les doutes autour des transactions n’inspirent pas confiance. À Tokyo, mardi, le titre Olympus a chuté de 8,87 % et a perdu près de 45 % de sa valeur sur les trois dernières séances. Vendredi 14 octobre, à la suite du départ de Micheal Woodford, Olympus perdait 17 % à Tokyo, pour atteindre son niveau le plus bas depuis 1974. (voir action d’Olympus)

Juste après le renvoi du PDG, l'action en bourse d'Olympus a entamé un lourd plongeon.
Juste après le renvoi du PDG, l’action en bourse d’Olympus a entamé un lourd plongeon.

Une guerre annoncée

La suite de l’histoire se dénouera entre procès et coup bas entre Olympus et son ex-CEO. Micheal Woodford a déjà alerté les autorités des marchés japonais pour qu’elle surveille de près les mouvements financiers d’Olympus, selon Reuters. Ne voulant rien laisser au hasard, l’ex-PDG a également contacté les autorités britanniques antifraude en début de semaine. Olympus, de son côté, cherche à engager des poursuites contre Micheal Woodford pour avoir endommagé l’image de l’entreprise et avoir divulgué des informations confidentielles à la presse, toujours selon Reuters.

(MàJ 26/10/2011) Le FBI enquête sur Olympus, le groupe présente ses excuses

Le service de renseignement des États-Unis enquêterait sur le groupe Olympus même si l’objet de cette investigation n’a pas été précisé, a révélé le New York Times. La marque a été sommée de s’expliquer au sujet du changement de cabinet d’auditeur en 2009. Olympus a précisé lundi que la décision avait été prise suite à la fin du contrat avec KPMG et que les dirigeants avaient donc décidé de s’adresser à Ernst and Young.

Hier, Olympus présentait ses excuses à l’ensemble de ses partenaires, clients et actionnaires. Le groupe cherche à récupérer la confiance après la chute du titre en bourse qui a perdu près de 50% de sa valeur.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here