Michi Héro

Avant d’attaquer le test, je vais vous raconter une petite histoire.

Michihiro Yamaki, a été le fondateur de la marque Sigma en 1961. Il a bâti l’empire et hissé la marque là où elle était jusqu’en 2012, de quoi être admiratif non ? Michihiro est décédé en août dernier à 78 ans. Avant de partir, il a confié les rênes de l’entreprise à son fils Kazuto. Dès lors, Kazuto a mis en place une toute nouvelle politique : produire les meilleurs objectifs, aux meilleurs prix. La marque a totalement revu sa gamme, scindée en trois catégories : Contemporary désigne les objectifs abordables, ART désigne les objectifs haut de gamme, et Sport les objectifs destinés aux shoots d’action.

Et pour le moment, cela a plutôt bien réussi : le 35mm f/1.4 ART a remis en place les versions Canon et Nikon, pour 40% du prix, et le 18-35mm f/1.8 ART se paie le luxe d’être unique sur le marché, et d’afficher les meilleures performances pour un zoom de ce range sur APS-C, quant au dernier 150-600mm, la production a dû être augmentée pour répondre aux demandes.

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Mais, ce 50mm f/1.4 ART coûte 899€ ! Plutôt cher pour un standard ! C’est le triple des versions Canon et Nikon. Sauf que Sigma ne souhaitait pas faire mieux que le 50mm f/1.4 Canon datant de juin 1993, ou que le Nikon 50mm f/1.4 G sorti plus récemment. Non, la marque voulait concurrencer le Zeiss Otus 55mm f/1.4 qui coûte la modique somme de 3000€. Dès lors, les 899€ ne représentent qu’un tiers du prix et ce 50mm f/1.4 ART paraît plus raisonnable. Mais on n’affronte pas Mohamed Ali parce que l’on se débrouille bien sur un ring.

La question est donc : ce Sigma 50mm f/1.4 sera-t-il le Joe Frazier de l’objectif standard ?

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Caractéristiques techniques :

  • Focale de 35mm
  • Ouverture f/1.4
  • Focus interne
  • Motorisation HSM nouvelle génération
  • MAP mini : 40 cm
  • Grossissement 0.18X
  • Diamètre de filtre : 77 mm
  • Construction optique : 13 éléments, 8 groupes, 3 verres SLD, 1 asphérique
  • Diaphragme à 9 lamelles
  • Angle de vue (APS-C) : 31°
  • Angle de vue (35mm) : 47°
  • Dimensions : 85 mm de diamètre, 100mm de longueur
  • Existe en montures : Nikon, Canon, Sony Alpha, Sigma

 

design OK_5 Sigma reste fidèle à ses habitudes. Une housse de transport solide avec fermeture éclair, un pare-soleil, l’objectif (cela va de soi) et une garantie de 3 ans !

 

 

Une pièce d’orfèvrerie

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Le 50mm 1.4 ART fait partie de ces objets désirables. La finition est superbe ! On pourrait enlever Sigma et y mettre Zeiss sans soucis, une chose impensable il y a quelques années. Mais passé l’émoi de la première prise en main, on constate qu’il est dénué de joints de protection. Point de tropicalisation ici. Pour un objectif à vocation professionnelle, c’est un manque qui attristera l’âme de baroudeur qui sommeille en vous. Dommage.

design OKL‘énorme lentille frontale impose des filtres de 77 mm, une taille rare pour une focale de 50mm !

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La monture peut être changée à la demande (et moyennant quelques eurs) au cas où vous changeriez de marque de boitier

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Le selecteur de mode de mise au point est résistant

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Il s’agit des strilles du métal dont est fait l’objectif. La fintion est à des années lumières de celle des anciens objectifs Sigma

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La bague de mise au point est en caoutchouc, douce, fluide, un vrai régal !

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Le contour du pare-soleil est en gomme, un détail certes, mais c’est toujours plaisant

Reste qu’en dépit du poids et de la longueur, il est plaisant à utiliser. La bague de MAP est précise, douce et autorise la retouche du point. Le pare-soleil a également fait l’objet d’un travail particulier. C’est une très belle pièce, bien construite, avec des matériaux agréables au toucher. Une fabrication presque parfaite. Presque, car si l’un des deux problèmes de Sigma est réglé avec cette conception, l’autre souci, lui, ne l’est pas… Il s’agit des fameux front et back focus.

Contrôle Qualité : le dock pour tout soigner

Les problèmes de mises au point peuvent être liés aux autofocus des boitiers et aux optiques. Dans le cas de notre test, la combinaison n’a pas été joyeuse. Et l’ensemble EOS 100D et Sigma 50mm f/1.4 ART a donné un gros front focus, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus. Notez que c’est le pétale de derrière qui était visé.

 

Conscient du problème, la marque Sigma a lancé un dock USB permettant de régler le souci. Il vous faudra un peu de temps, un trépied et un ordi. Une fois réglé, l’objectif est précis dès f/1.4. Mais la facture est alors grimpée à 949€. D’un autre côté, cela permet d’utiliser le maximum du potentiel de chaque optique de la marque, sur n’importe quel boitier.

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Après le Secret de Brokeback Mountain, voici le secret de Front-Back Focus !

Notez que Sigma offre une garantie de 3 ans pour ses objectifs. Canon et Nikon restent à 2 ans, là où Tamron propose 5 années (donc la certitude d’au moins une année bissextile, un argument choc). Le problème de focus est inclus dans la garantie, mais il faut envoyer son boitier. C’est plus « chaud » que de se procurer le dock USB, qui coûtera le prix des frais de port de l’envoi du boitier et des assurances qui vont bien.

Plus beau, plus gros, plus vite…

C’est vrai, la qualité d’image du Sigma est stratosphérique ! Mais encore faut-il qu’il soit réglé. Car ne rêvez pas, il y a très peu de chance que le modèle sur lequel vous tombiez soit parfait. En fait, avec le front ou back focus, l’objectif est forcément mauvais. Et à ce prix, ça fout les boules.

Pour le reste, le piqué est au RDV, comme les couleurs, les micro-contrastes, bref, tout ce qui vous permettra de baver devant l’image affichée en 100% sur votre écran.


Un exemple à f/1.8, ça donne envie !

Le gros avantage du ART 50mm 1.4, c’est sa motorisation interne. Il ne patine jamais ! On est très loin de presque tous les objectifs standards du marché ! C’est d’ailleurs le plus rapide standard que j’ai pu tester. Et ça permet de capturer certaines images que l’on aurait manquées avec un autre objo, comme un sourire, un regard, une scène particulièrement violente dans la rue, ou encore n’importe quoi quand la lumière vient à manquer.


Sur capteur APS-C, le 50mm devient un 75mm (80mm pour Canon) avec une mise au point minimum à 40cm, ce qui permet d’obtenir des portraits très serrés !

 

 

Pour jouer entre f/1.4 et f/2.0


Le rendu à f/1.4 lorsque le problème de focus est réglé

C’est le point fort de cet objo. Il est bon dès la pleine ouverture. Et très bon dès f/1.8, pour être quasi parfait dès f/2.0. C’est un point très intéressant, car à f/1.4, sur capteur APS-C, il devient un redoutable objectif à portraits !

Et pas que d’ailleurs ! Il permet aussi de détacher un sujet assez éloigné du fond. Soyons plus concret : votre enfant joue sur la plage assis sur le sable. Fou de photo que vous êtes, vous avez apporté votre appareil monté du 50 mm ART malgré le sable et le vent. Vous cherchez à capturer LE moment qui vous plaira. Et là, soudainement, votre enfant se trouve parfaitement isolé dans votre cadre, à une dizaine de mètres de vous. A f/1.4, vous allez obtenir votre enfant net, tandis que l’avant et l’arrière-plan seront flous. Voilà un autre intérêt d’une bonne qualité à f/1.4. Le tout associé à la motorisation interne diablement efficace, vous êtes paré pour capturer de superbes souvenirs.


Sur cette photo, l’enfant est remplacé par un parapluie, et la plage par de l’herbe. Mais l’idée est là !

Notez également que le flare est plutôt bien contrôlé :

Et le bokeh délivré par le diaphragme à 9 lamelles est sublime :

Les différentes profondeurs de champs d’images prises à la même distance du sujet, à f/1.4, f/2.0, f/4.0 et f/5.6

Trois fois plus cher et plus lourd

Le hic, c’est que tout ça se paie au prix fort.

D’abord le poids ! 885 grammes ! A titre de comparaison, le Canon pèse 290 g, le Nikon 280 g, et le Sony 220 g.
Ce Sigma 50mm ART est un gros bébé ! Et il est long, très long pour une telle focale. Au-delà de toute blague à connotation phallique, ce poids et cette longueur sont deux handicapes certains pour une focale utilisée généralement pour sa légèreté et sa compacité.

Poids Longueur Diamètre Prix moyen
Canon 50mm f/1.4 USM 290 g 51 mm 74 mm 329 euros
Nikon AF-S 50mm f/1.4 G 280 g 54 mm 73.5 mm 342 euros
Sony 50mm f/1.4 SAL 220 g 43 mm 66 mm 322 euros
Sigma 50mm f/1.4 ART 885 g 100 mm 85 mm 849 euros

Il n’a pas sa place sur les petits boitiers. Il fait basculer l’ensemble vers l’avant, c’est gênant, peu pratique, et surtout, il oblige à utiliser les deux mains pour photographier (on réussit rarement une photo en tenant un reflex d’une seule main, la position n’étant pas stable, mais parfois, ça aide).

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Le 50mm ART sur le plus petit reflex du marché, le Canon EOS 100D

 

L’autre souci, c’est le prix. Certes on n’a rien sans rien, et le coût du ART 50mm est totalement justifié. Sauf que la photo est un ensemble de choses et pas simplement du matériel. Si vous avez le budget, foncez ! Vous ne le regretterez pas.

Si en revanche vos finances sont limitées, alors le mieux sera de se rabattre sur les versions à 320 euros. Elles sont très bonnes. Puis ce que vous perdez en qualité à f/1.4 (car à f/2.0 elles sont toutes très bonnes, et la différence avec le Sigma est moins visible), vous le gagnez en praticité. Plus légers, plus maniables, on a également moins peur de les abîmer.

prix 50mm f1.4

Enfin, si la focale que vous utilisez tout le temps est le 50mm. Si c’est l’objectif qui est collé à votre boitier 99% du temps, alors oui, l’investissement pourrait s’avérer intéressant. Mais n’oubliez pas : sans sujet, même le meilleur matériel du monde ne sert à rien.

 

Conclusion : L’ART bat il l’OTUS ?

Franchement, je n’en ai aucune idée. Je n’ai jamais essayé l’OTUS. Mais j’ai eu la chance de posséder quelques optiques Zeiss, et surtout, de les utiliser dans diverses situations, pour des photos variées et même pour du photoreportage. Les objectifs Zeiss sont des objectifs de passion. On achète la qualité, mais surtout le plaisir de posséder un bel engin, agréable à toucher, qu’on a envie d’utiliser (Freud sort de ce corps). Ils deviennent intéressants sur les hybrides, où le focus peaking permet des mises au point à la main ultra rapides. Mais ils ne sont pas de bons rapport qualité/prix.

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Sigma a réussi à concevoir un objectif « plaisir ». Un objectif qui demandera des concessions et des sacrifices (temps, réglages, finances, poids, encombrement). En échange, il vous donnera un rendu superbe, et la banane à chaque cliché capturé. Je suis sur les fesses d’écrire ça aujourd’hui. Admiratif de voir une société capable de se bouger l’arrière train pour sortir de ses habitudes, et viser mieux. Kazuto est vraiment impressionnant. S’il est au salon de la photo, je me ferai une joie de le rencontrer. Il a su analyser le marché, constater son évolution. Il a vu Samyang s’accaparer lentement mais surement, et avec une certaine insolence, le secteur des optiques abordables (ndlr : la marque a proposé un 35mm f/1.4 ultra performant, 100% manuel, à moins de 500€). Il a su se remettre en question ! Imaginez ! Un japonais qui se remet en question, dans un pays où la tradition occupe une si large et importante place ! Qui balaye tout d’un bras pour repartir de zéro ? C’est comme si demain Renault arrêtait les véhicules abordables pour aller titiller Ferrari, Pagani ou McLaren. Il a fallu du courage, des idées, un plan bien pensé et parfaitement calculé. Il avait une petite paire de 3, il en a fait un carré. Alors ce 50mm f/1.4 ART est-il meilleur que l’Otus 55mm ? Qu’est-ce que ça peut faire ? 2050 euros séparent ces objectifs.

 

La véritable question à se poser est : va-t-il vous apporter quelque chose en plus que votre 50mm actuel ? Va-t-il vous ouvrir de nouvelles perspectives photos ? Va-t-il susciter chez vous donner de nouvelles idées ? Ou plus simplement : allez-vous encore plus aimer pratiquer la photo avec ?

La réponse est oui. Franchement oui ! Il est « kiffant » cet objo. On est tout content de l’utiliser, et paradoxalement, plus critique envers son travail. On se dit que l’on doit être à la hauteur de ce que sa qualité peut donner.

Pour qui ?

Si vous êtes un photographe pro, et que vous avez du temps à consacrer à l’ajustement de l’objectif pour chacun de vos boitiers, que vous ne vous risquez pas dans des climats trop hostiles, et que vous shootez principalement entre f/1.4 et f/2.0, alors le Sigma 50mm f/1.4 ART est pour vous.

Si en revanche, vous êtes un amateur, pas très fortuné, et que vous souhaitez jouer du bokeh, et que vous suivez votre raison : orientez-vous plutôt vers une version à 349€ du constructeur de votre boitier. Car avec les 600€ économisés (il faut inclure le prix du dock), vous allez pouvoir faire plein d’autres choses. Certes, le bel objet donne envie. Mais concrètement, il vous apportera quoi de plus ? N’oublions pas qu’il ne s’agit « que » d’un 50mm. Donc à mois de ne jurer que par cette optique, investir dans ce modèle est superflu. Vous ne percevrez pas les différences.

Cet objectif est donc idéal pour celui qui a l’habitude du 50mm, qui veut shooter le plus souvent entre f/1.4 et f/2.0, qui saura effectuer les ajustements nécessaires, et que le poids et le volume de l’objectif n’encombreront pas !

Reste que la passion l’emporte très (trop ?) souvent en photographie. On cherche plus qu’un rapport qualité/prix. Ce Sigma est au matériel photo, ce qu’est la Nissan GTR à la voiture de sport. Et j’en ai terminé avec les analogies pour ce test.

Ce que l’on peut avoir pour 600€ :

Histoire de parachever en beauté le test, et d’atténuer la flamme qui danse dans votre corps d’acheteur potentiel, voici une liste de ce que l’on peut obtenir pour 600 euros (écart entre le prix du Sigma AT 50mm, et les modèles constructeurs à ouverture identique). Cela vous aidera peut-être à faire votre choix judicieusement :

  • 90% iPhone 6
  • Un objectif Sigma 35mm f/1.4 ART
  • 43 kg de M&M’s
  • Un kit d’éclairage avec flash cobra, softbox, déclencheurs à distance et de quoi payer un lieu et un modèle
  • 76 menus au McDo
  • Un objectif macro stabilisé
  • Un petit voyage de quelques jours pour avoir des sujets à photographier
  • Un PC portable pour traiter vos images
  • Une tablette pour transférer, modifier et partager vos images

On termine avec quelques images capturées avec ce Sigma 50mm f/1.4 ART (cliquez pour agrandir et découvrir les Exifs)

 

4 Commentaires

  1. Aucun comm, c’est juste incroyable ! votre article est juste « terrible* et a cause de vous, j’ai loupé 30 min de dod mais c’était pour la bonne cause

  2. Concretement c’est l’argument du « avec 600euros vous pouvez avoir un petit voyages pour des sujets a photographier » qui m’a parut le plus pertinent…

    Mais dieu qu’il a l’air chouette cet objo 🙂

  3. Concretement c’est l’argument du « avec 600euros vous pouvez avoir un petit voyages pour des sujets a photographier » qui m’a parut le plus pertinent…

    Mais dieu qu’il a l’air chouette cet objo 🙂

  4. Concretement c’est l’argument du « avec 600euros vous pouvez avoir un petit voyages pour des sujets a photographier » qui m’a parut le plus pertinent…

    Mais dieu qu’il a l’air chouette cet objo 🙂

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