Dossier : Le Nikon D800 face à ses pairs

Dossier : Le Nikon D800 face à ses pairs

Avec l’annonce du D800, Nikon change la donne au sein de sa propre gamme de reflex numériques, mais aussi par rapport à son concurrent dont on attend d’ailleurs la riposte avec un rafraichissement de l’offre 5D aux côtés de l’EOS-1D X. Nous avons comparé le D800 à ses pairs :
– Nikon D800 vs D700
– Nikon D800 vs D4
– Nikon D800 vs Canon EOS 5D Mark II

Publié le 23 février 2012 - 0:00 par La rédaction

Nikon D800 vs Nikon D700 : les évolutions, upgrader ou pas ?

Non ! Le Nikon D800 n’est pas le successeur du D700. S’il l’était, il embarquait le capteur 16 mégapixels super sensible du D4 comme le D700 avait adopté le 12 mégapixels du D3. Ce n’est pas un revirement de la part de Nikon, mais un changement de stratégie qui s’opère : la gamme pro sera constituée d’un reflex pro de reportage super sensible, le D4, et d’un boîtier moins renforcé, mais très haut de gamme, avec une très haute résolution, le D800. Le D4x ne verra vraisemblablement pas le jour.

36 mégapixels : de nouvelles possibilités

Le Nikon D800 abandonne la très haute sensibilité du D700 au profit d’une résolution élevée. Avec son capteur 36 mégapixels, le D800 pourra accéder aux tirages de grande dimension, en A2 au moins, et permettra aux photographes qui l’adopteront de s’autoriser des recadrages tout en conservant une définition suffisante ce qui était rarement le cas avec le D700 dont les 12 mégapixels obligeait à cadrer au plus juste.

Plus, c’est parfois moins

En effet, si le D800 offre une définition record de 36 mégapixels sur un capteur Full Frame, par rapport au D700, la taille de ses photosites est réduite comme peau de chagrin. Le pixel pitch du D800 représente seulement un tiers de celui du D700. Malgré les progrès technologiques effectués par la technologie CMOS ces trois dernières années, le D800 sera forcément moins convaincant en haute sensibilité. Nous attendons de pouvoir le tester avec impatience pour mesurer justement l’écart de sensibilité qu’il pourra y avoir entre un D800 et le D700.

D800 vs D700 : les atouts du D800

Mise à part l’implémentation de ce nouveau capteur haute définition, le D800 apporte des progrès importants dans les domaines suivants :

Autofocus : le D800 adopte le module Multi-Cam 3500 FX du D4, doté de 51 points, il peut travailler en très basse lumière et offre 15 collimateurs en croix, dont 11 sensibles à f/8 au centre. Il travaille de concert avec la reconnaissance de scène pour offrir la détection des visages, même en visée optique. Nous l’avons essayé sur le D4, ça marche plutôt bien.

Capteur de reconnaissance de scène 91 000 pixels : le D800 reprend le nouveau capteur de reconnaissance de scène de 91 000 pixels apparu dans le D4. Il assiste le D800 dans l’analyse de la source lumineuse, dans la détermination de l’exposition, mâche le travail à l’autofocus, etc.

Visée optique 100 % : exit la piètre couverture de la visée reflex du D700, le D800 met la barre plus haute et sera enfin respectueux de vos cadrages avec une couverture de 100 % de l’image cadrée. Son rapport d’agrandissement de 0,7x et son dégagement confortable devraient conférer au D800 une visée digne d’un reflex professionnel, ce que n’offrait pas le D700.

Vidéo : pénalisé par l’absence de mode vidéo le D700 s’est privé de nombreuses ventes. Le D800 remet les pendules à l’heure et offre un mode vidéo 1920 x 1080 pixels en 24p, 25p et 30p avec possibilité d’exporter le flux vidéo non compressé en HDMI, d’afficher le vumètre pour le volume du son et de brancher un casque pour en contrôler la qualité.

Sensibilité minimale : le D800 débute à 100 ISO quand le D700 était pénalisé (studio, paysages, etc.) par une sensibilité minimale de 200 ISO.

Passer du D700 au D800 : toujours judicieux ?

Clairement, si la sensibilité du D700 est à vos yeux le principal atout du de votre reflex, alors, passer au D800 peut-être une erreur. Par contre, si au contraire, la faible définition du D700 est pour vous une limite et que vous n’exploitez guère les sensibilités supérieures à 3200 ISO, alors, le D800 est un upgrade logique tant le il apporte de nouveautés appréciables sur le terrain, sans parler de ses nouvelles fonctionnalités vidéo
Mais attention, votre grip optionnel MB-D10 ne pourra plus être utilisé sur le D800 (MB-D12), ni vos anciennes batteries puisqu’il adopte celle du D7000, la En-EL15. Prévoir également une capacité de stockage adéquate, car les fichiers RAW du D800 mesurent 50 Mo. Enfin, la très forte définition du capteur du D800 impliquera l’utilisation d’objectifs de très haut vol pour véritablement restituer plus de fins détails.
Il reste que si vous faites partie du premier cas de figure, dans la gamme Nikon reflex pro 2012, vous devrez vous orienter vers le D4, deux fois plus cher que le D800, pour bénéficier des progrès techniques réalisés par cette nouvelle génération de boîtier. Si on peut se le permettre et que l’on est attiré par les nouvelles fonctionnalités du D800, il est certainement judicieux d’investir dans la nouvelle génération tout en conservant son D700 pour les conditions de basse lumière.

Nikon D800 vs Canon EOS 5D Mark II

Le Nikon D800 est-il l’anti-Canon EOS 5D Mark II tant attendu ?

Le tableau comparatif des spécifications techniques des deux appareils est assez parlant : le Nikon D800 est radicalement supérieur au Canon EOS 5D Mark II ce qui est doublement logique puisque le D700/D800 est traditionnellement basé sur un appareil plus abouti que le 5D / 5D Mark II et le canon EOS 5D Mark II accuse le poids des années, il a une génération d’écart avec le D800, c’est beaucoup.

Canon EOS 5D Mark II Nikon D800
Résolution 21,1 mégapixels 36,8 mégapixels
Sensibilité 100 à 6 400 (extensible jusqu’à 25 600 ISO) 100 à 6400 ISO (extensible jusqu’à 25 600 ISO)
Autofocus 9 collimateurs Multi-Cam F3500 FX à 51 points dont 15 en croix et 11 sensibles à f/8.
Mesure de l’exposition TTL 35 zones (non iCFL) Capteur de reconnaissance de scène 91000 points
Vidéo 1080/30p 1080/30p avec entrée micro et prise casque. Export sans compression sur HDMI.
Visée 98 % – agrandissement 0,71x 100 % – agrandissement 0,7x
Écran 3″ / 921 000 points 3″ / 921 000 points avec lame-résine antireflet
Cadence en rafale 3,9 i/s 4 i/s (6 i/s avec grip MB-D12 + batterie EN-EL18)
Flash intégré non oui
Prise synchro Flash oui oui
Poids 0,810 kg 0.900 kg
Autonomie 850 vues 850 vues
Prix 1 900 euros 2 899 euros
Tropicalisation non oui

L’avance de Canon dans différents domaines (définition, vidéo…) a été largement gommée par le D800 qui apporte au contraire des progrès importants par rapport au Canon tout en enfonçant le clou sur ses atouts : un autofocus et une finition digne d’un boîtier pro ou encore une visée 100 %. On attend la ou les riposte(s) de Canon au Nikon D800.

Ceux qui s’émeuvent de la très forte résolution proposée par le nouveau reflex Nikon au dépens de sa sensibilité seront peut-être séduits par le Canon EOS 5D Mark II qui offre finalement un compromis intéressant entre une définition élevée et un pixel pitch moyen avec ses 21 mégapixels, le tout pour un prix très intéressant, car en fin de vie alors que le D700 est loin d’être bradé.

Mais le choix entre le Canon EOS 5D Mark II et le Nikon D800 ne dépend pas uniquement des qualités intrinsèques de chaque appareil. D’autres critères-clés sont à prendre en considération dont le parc optique possédé par le photographe. Les photographes équipés en objectifs Canon et qui ont lourdement investi dans les séries L s’armeront de patience pour attendre que Canon lève le voile sur le Canon EOS 5D Mark III ou EOS 5D X…

Nikon D800 vs D4 : deux concepts deux métiers

Nikon D4 Nikon D800
Résolution 16,2 mégapixels 36,8 mégapixels
Sensibilité 100 à 12 800 ISO (extensible jusqu’à 102 400 ISO) 100 à 6400 ISO (extensible jusqu’à 25 600 ISO)
Autofocus Multi-Cam F3500 FX à 51 points dont 15 en croix et 11 sensibles à f/8. Multi-Cam F3500 FX à 51 points dont 15 en croix et 11 sensibles à f/8.
Mesure de l’exposition Capteur de reconnaissance de scène 91000 points Capteur de reconnaissance de scène 91000 points
Vidéo 1080/30p avec entrée micro et prise casque. Export sans compression sur HDMI. 1080/30p avec entrée micro et prise casque. Export sans compression sur HDMI.
Visée 100 % – agrandissement 0,7x 100 % – agrandissement 0,7x
Écran 3″ / 921 000 points avec lame-résine antireflet 3″ / 921 000 points avec lame-résine antireflet
Cadence en rafale 10 à 12 i/s 4 i/s (6 i/s avec grip MB-D12 + batterie EN-EL18)
Flash intégré non oui
Prise synchro Flash oui oui
Connectivité USB/HDMI/Ethernet USB/HDMI
Poids 1.340 kg 0.900 kg
Autonomie 2600 vues 850 vues
Prix 5 799 euros 2 899 euros
Compatibilité transmetteur Wi-FI WT-5 WT

Comparer le Nikon D4 et le Nikon D800, c’est mettre dos à dos deux philosophies opposées. Les deux reflex pros Nikon s’adressent à deux publics de photographes bien distincts, leur fournissant deux outils de travail adaptés au métier de chacun.
Extrêmement robuste, le D4 est taillé pour le terrain et l’action, non seulement par sa vélocité et sa très haute sensibilité, mais également du fait de son intégration dans un flux de travail et de production en temps réel. Il s’adresse aux photoreporters, aux agences câble, etc. Typiquement, nous verrons le D4 sur le bord des pistes d’athlétisme des JO de Londres 2012 et pourrons contempler ses photos sur les sites Internet des grands médias quelques minutes voire secondes après leur prise de vue. Le sport, la guerre, l’actualité : le D4 est dans l’info.
De son côté, le D800 est plus posé. Moins barbouze que le D4, le D800 adopte un autre train de vitesse dans la capture des photos, mais aussi dans leur exploitation. Au prix d’un développement de ses RAW en chambre blanche, il donne la priorité à la définition et à la reproduction des détails les plus fins, pour des agrandissements sans précédent pour un reflex numérique qui aimerait venir marcher sur les platebandes du moyen format, c’est en tout cas l’intention avouée de Nikon. Le paysage, la mode, le portrait, la pub avec le packshot grand format, le D800

Atouts et faiblesses du Nikon D800

+ possibilités de recadrage
+ Possibilité agrandissement (A2)
+ Restitution de détails fins, de textures
+ Prix
+ Visée 100 %
+ Mode vidéo
+ AF 51 points, sensible à 2V, f/8… capteur 91 000 pixels de reconnaissance de scène

– Incertitudes sur la qualité en haute sensibilité du nouveau capteur 36 mégapixels

Atouts et faiblesses du Nikon D4

+ Qualité record attendue en haute sensibilité (1 stop meilleur que le D3s ?)
+ Vitesse de prise de vue en rafale : 10 i/s sur 105 vues en RAW et 200 vues en JPEG avec suivi autofocus.
+ Mode vidéo
+ Intégration dans le flux de production « agence » (Ethernet, Ajout de tags à la volée, compatibilité WT-5, ipad, iPhone)
+ AF 51 points, sensible à 2V, f/8… capteur 91 000 pixels de reconnaissance de scène (selon)

– Poids
– Prix

Nikon D800 et D4 : effet de gamme

Lorsque Nikon a levé le voile, en janvier dernier, sur son reflex pro, le D4, on ne pensait pas que certaines de ses fonctions-clés seraient mises à la portée d’un plus grand nombre de photographes dans le D800, un reflex moins « élitiste ». Ce fut le cas de l’autofocus 51 points dont 15 collimateurs en croix et 11 sensibles à f/8. Le module Multi-Cam 3500 FX, capable de faire la mise au point en faible luminosité jusqu’à 2 EV (la lueur d’un clair de lune) est de la partie dans le D800, au même titre que le nouveau capteur de reconnaissance de scène à 91 000 pixels ou encore du mode vidéo Full Frame avec possibilité d’enregistrer le flux vidéo non compressé via un enregistreur HDMI externe, en 4:2:2. Ces atouts technologiques offrent au D800 ses galons de reflex numérique professionnel, comme c’est le cas de sa construction en alliage de magnésium, de sa tropicalisation ou encore de sa visée optique à couverture de l’image cadrée de 100 %.
Alors, mis à part un capteur différent et une finition moins poussée, Nikon, pour créer un effet de gamme et hiérarchiser ses boitiers, a privé le D800 de certains raffinements qui ont plus à voir avec l’intégration de l’appareil dans le flux de travail comme la connectique Ethernet ou la compatibilité avec le nouveau transmetteur Wi-Fi WT-5. Si, priver le D800 d’une prise Ethernet fait sens dans la mesure où le boîtier doit rester plus compact qu’un D4, le priver de la possibilité de fonctionner avec le WT-5 est un bridage avéré du D800 pour laisser le champ libre au D4 sur son marché.

Gamme reflex pro Nikon : D4 et D800

3 ans après le succès du D700 qui reprenait le capteur ultra-sensible du D3, Nikon revient avec une nouvelle stratégie et adopte un autre capteur que celui du D4, dans le D800, cassant ainsi la hiérarchie entre les boitiers, ce qui aura pour effet de les orienter chacun sur des marchés et des usages distincts. Le D800 n’est plus un D4 semi-pro, mais bien un boîtier pro haute résolution : il y a peu de chances que le D4x voie le jour.

La très haute définition du capteur du D800 nous plonge dans l’inconnu :
– Quid de sa qualité d’image en moyennes et hautes sensibilités ?
– Quel sera son niveau d’exigence optique pour qu’il s’exprime ? Avec quels objectifs l’utiliser ?

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