L'incidence du passage au numérique pour les objectifs est double. D'une part, le capteur étant plus petit que la surface
sensible de la pellicule, la focale d'un même objectif monté sur un reflex numérique s'allonge de x1,5 à x1,6. Ainsi, un objectif 200 mm en argentique aura une focale résiduelle de 300 mm sur un Nikon D70 et de 320 mm sur Canon EOS 20D, appareil sur lequel nous avons testé cet objectif 70-300 APO Macro DG. Les fabricants d'optiques doivent alors recalculer leurs formules et proposer des zooms aux focales plus courtes. Par exemple, le zoom Sigma 28-200 mm bien connu en argentique a donné naissance à un homonyme numérique qui affichera des focales de 16-125 mm, pour arriver à couvrir les mêmes angles de champs que le 28-200 mm en argentique. Dans le cas du 70-300 APO MACRO DG testé ici, Sigma n'a pas modifié la focale de son objectif.
La deuxième implication, pour un fabricant d'objectifs, du passage d'un zoom argentique à un zoom parfaitement adapté au numérique vient d'une contrainte induite par la surface du capteur numérique qui est extrêmement brillante. Certains reflets dans l'objectif rebondissent en quelques sortes sur la surface extra brillante du capteur et risquent de donner des aberrations chromatiques qui vont nuire à la qualité globale de la photo. LA gamme Sigma appelée DG bénéficie d'un traitement de ses éléments optiques qui tend à réduire les reflets et ainsi améliorer la qualité d'image sur un reflex numérique. Ainsi, chez Sigma, lorsqu'on lit DG, il faut comprendre "optimisé pour le numérique".
C'est donc cet objectif, grand classique Sigma, mais dans sa version optimisée pour le numérique que nous avons testé ici avec un Canon EOS 20D.
FINITION, EQUIPPEMENT
Sigma 70-300 APO MACRO DG - un bel étui et une pare-soleil !
La première bonne surprise que nous réserve cet objectif se trouve dès l'ouverture de la boîte : l'objectif est livré avec un bel étui et un pare-soleil qui peut s'avérer très utile avec de telles focales. Quand on connaît la radinerie maladive d'un fabricant comme Canon qui livre très rarement ses objectifs grand publics ou experts avec un pare-soleil et qu'il faut souvent taper dans la série L pour voir un accessoire livré en standard, on peut remercier Sigma. L'étui est très bien fini. Un tel zoom n'est pas l'objectif dont on se servira tous les jours, ainsi, un bel étui de rangement est très pratique.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Une belle construction
La finition de l'objectif paraît robuste. Il est assez massif et finit par peser sur l'appareil. Il faudra prendre garde à l'utiliser sur une baïonnette en métal et faire attention si on doit l'utiliser sur une baïonnette en plastique. Sa finition est en plastique dur à l'aspect un peu granité, il est agréable à utiliser. La bague de zooming est assez importante et le réglage de la focale s'opère facilement et rapidement. La bague de mise au point manuelle est plus étriquée mais demeure correcte. Ce n'est pas un zoom pro, l'utilisateur n'est pas amené à travailler avec tous les jours. Le 70-300 APO MACRO DG est, sans surprise vu son range, assez impressionnant et la discrétion n'est pas son fort quand vous zoomez à 300 mm et qu'il s'allonge au maximal, il peut impressionner.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Zoom + numérique = mégazoom
Justement, l'amplitude de ce zoom est décuplée par rapport à sa version argentique. En effet, étant donné les coefficients d'allongement du capteur généralement constaté (1,6x sur un Canon EOS 20D), cet objectif qui couvre 70-300 mm en argentique devient plus généreux en numérique puisqu'il atteint les focales de 112-480 mm ! Rendez-vous compte : Pour un prix assez bas, vous obtenez un objectif de près de 500 mm ! D'ailleurs il faut veiller à ne pas se faire piéger et ne pas abuser des focales si longues sans raison, surtout dans des conditions de faible luminosité. A 300 mm (soit 480 mm sur le 20D), il n'ouvre qu'à F5,6 au mieux et si on veut diafragmer un peu pour monter le piqué, on va vite se retrouver à F8,0 ou F11, autant dire qu'il fauit être en pleine lumière pour pouvoir atteindre ces valeurs si on veut une photo nette car la règle est de ne pas déscendre en dessous d'une vitesse égale à 1/focale de l'objectif, soit ici 1/480 s donc 1/500 s. Mieux vaut être prévenu car avec une telle amplitude, on a vite tendance à jouer avec les focales extrêmes, c'est humain !
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Pas de stabilisation d'image
Le Sigma 70-300 APO MACRO DG n'a pas de système de stabilisation d'image, ce qui aurait été bénéfique, justement pour donner un coup de pouce dans les grandes focales en cas de faible illumination. C'est là que le Canon 75-300 IS USM peut paraître intéressant (moyennant un prix deux fois plus élevé) grâce à son système de stabilisation optique. Et si le Sigma vous intéresse et que vous n'avez pas encore choisi votre boîtier, le système Konica Minolta vu sur le Dynax 7D et annoncé sur le Dynax 5D à venir sera tout à fait adapté : le système de stabilisation d'image est intégré au boîtier. Dès lors, tout objectif monté sur ces reflex bénéficiera du système "Anti-Shake". A prendre en compte donc, dans le choix de votre boîtier si vous pensez souvent utiliser de longues focales. Sinon, il arrive ce que vous voyez sur la photo de gauche.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - f4.0-f5.6
N'étant pas un objectif pro, les ouvertures de ce Sigma 70-300 PAO MACRO DG sont relativement modestes : en grand angle, il ouvre au maxi à F4, ce qui est correcte, puis F4,5 dans les focales intermédiaires et démarre à F5,6 à 300 mm. Si vous vouliez une ouverture constante de F2,8 par exemple, vous n'avez plus qu'à multiplier son prix par 8 et vous trouverez votre bonheur.
QUALITE D'IMAGE
APO : La lentille frontale bénéficie d'un traitement apochromatique qui a donné ses fruits sur la version argentique et un tel traitement est toujours un réel plus pour les performances optiques d'un objectif.
MACRO : oui, le 70-300 a une position macro. Etant donné la focale de cet objectif, on doit s'éloigner du sujet et il faudra encore faire attention au flou de bouger. Cela peut paraître peu pratique, mais tout dépend du type de sujets macro que l'on désire photographier puisque certains requiert que le photographe reste le plus éloigné possible. Ceux qui aiment se rapprocher le plus du sujet seront un peu frustrés avec cette position macro, pourtant efficace.
DG : comme nous l'avons dit, cela signifie que les éléments optiques sont traités pour éliminer les reflets qui frappent les surfaces ultra brillantes des capteurs numériques et grèvent la qualité d'image en faisant apparaître un peu d'aberration chromatique.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Bon autofocus mais bruyant
Un objectif méga zoom comme ce Sigma 70-300 APO MACRO DG est souvent utilisé pour des photos d'action, de sport, d'oiseaux sur le vif, etc. Alors l'autofocus est vital. Et c'est dans ce contexte que nous avons testé cet objectif sur une étape du Tour de France 2005. Aidé par le processeur véloce DIGIC II du Canon EOS 20D, l'autofocus de l'objectif s'est révélé être à la hauteur sur le plan de la vitesse de mise au point et du suivi du sujet en mouvement comme on peut le voir sur cette série de photos de cyclistes lancés à près de 60 km / h et s'approchant de face. L'objectif peut mettre un certain temps à atteindre une mise au point qui serait à l'autre bout du champ et arrive à vasouiller parfois, mais une fois près du sujet ou le sujet accroché, il est très rapide et performant. Certes, ce n'est pas un USM Canon et sera forcément un peu moins rapide, mais est-ce vraiment
perceptible ? Le point noir de l'absence de motorisation interne comme le HSM chez Sigma ou l'USM chez Canon est le bruit que fait l'objectif en réalisant sa mise au point. Déjà qu'à 300 mm il n'est pas visuellement discret, mais quand l'autofocus s'enclenche, tout le monde est au courrant. Cela peut paraître un détail, mais pour nous qui aimons faire des photos discrètement, ça nous a un peu gênés. L'autofocus est en général précis, mais dans la précipitation, comme sur la photo du boss, il manquait un peu de netteté.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Distorsion contenue
La distorsion de l'objectif est très contenue pour une telle amplitude puisqu'elle n'est que de 0,05% à 70 mm, ce qui est totalement imperceptible. Elle atteint son maxi dans les focales intermédiaires, vers 140 mm avec une distorsion, heureusement en coussinet de -0,37%, qui se réduit à 300 mm à 60,28%. Clairement, cette distorsion n'est pas gênante, d'autant plus qu'on ne photographie pas de monuments avec de telles focales.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Vignettage ultra discret
Le vignettage est, lui aussi, extrêmement bien contenu puisqu'il ne dépasse pas 0,32 EV à 70 mm à l'ouverture maximale. De plus, il tombe à 0,12EV dès F5,6. Voilà un joli score d'opticien spécialisé, on reconnaît la compétence de Sigma.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Aberration chromatique au plus bas
L'aberration chromatique en équivalent 35 mm est, elle aussi, extrêmement faible. On récolte là les fruits du traitement APO de l'objectif et son optimisation DG pour le numérique. Elle ne se monte qu'à 0,0089 à 70 mm à F4, à 0,0062 à F11, et reste faible en position intermédiaire à 133 mm à 0,0085 à F4,5 et 0,0085 à F11. Il n'y a guère qu'en position télé maximale qu'elle atteint des valeurs plus habituelles de l'ordre (très correct) de 0,025 à F5,6.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Un piqué normal pour un téléobjectif
Les données BxU (la mesure du piqué par DO Labs) ne sont pas excellentes aux ouvertures maximales pour les trois focales comparées. La meilleure ouverture sera F11 à 70 et 140 mm et de loin ! A 300 mm, les valeurs s'effondrent encore et F8 sera la plus piquée. Si ces valeurs sont assez faibles sur le banc d'essai, il faut les mettre en corrélation avec les focales élevées du zoom qui sont toujours moins piquées qu'un bon 50 mm focale fixe. Les photos sont en général assez bonnes, ce n'est pas un objectif pro et à ces focales élevées, il serait illusoire de retrouver les performances que l'on connaît dans des focales plus usuelles.
CONCLUSION
A environ 300 euros, ce mégazoom 70-300 APO MACRO DG vous en donne largement pour votre argent. Sa construction solide et ses performances optiques en font un objectif de qualité, dont l'autofocus ne démérite pas, sans pour autant égaler un système à motorisation interne comme les Canon USM. Cette absence d'USM/HSM se fait surtout sentir au niveau du bruit de mise au point. Monté sur un reflex numérique, pour lesquels il est optimisé, ses focales de 112-480 mm en font un objectif très intéressant pour son prix. Reste que sans stabilisateur d'image, étant donné les ouvertures assez modestes, il faudra faire attention. Cependant, monté sur un reflex numérique Konica Minolta, il sera de facto stabilisé par le système Anti-Shake intégré au boîtier. Sinon, pour au moins le double de son prix, on peux regarder du côté du Canon 90-300 IS USM qui bénéficie des deux choses qui manquent au Sigma : le stabilisateur optique et la motorisation silencieuse et rapide USM. Mais il faudra doubler le prix et on atteint alors un tarif d'au moins 600 euros pour des performances optiques que l'on sait peu impressionnantes. Ce Sigma 70-300 APO MACRO DG bénéficie d'un traitement optique optimisant ses performances sur un reflex numérique. Il est tarifé environ 50 euros de plus que son équivalent non optimisé. Nous avons pu nous rendre compte sur la banc d'essai DxO Analyzer que ce traitement porte ses fruits au niveau de l'aberration chromatique. Mais la version argentique que l'on trouve aux alentours de 230 euros est aussi un choix sensé car ses performances optiques ne sont plus à prouver et à ce tarif, l'affaire est encore meilleure.
Sigma 70-300 APO MACRO DG - Pour qui ?
Le débutant : si vous avez un reflex numérique et que vous débutez en photo, alors un 18-125 mm couvrira vos besoins et vous n'aurez qu'un seul objectif ce qui est pratique. Le 70-300 serait peut-être un peu superflu. Mais si vous avez le budget, vous serez enchantés.
L'expert : EN fonction de la fréquence d'utilisation et du contexte, l'absence d'IS et d'USM sera, ou non, un handicap. En tout cas les performances optiques du 706300 APO MACRO DG sont au RDV et vous aurez de quoi jouer avec.
Le Pro : Pour une utilisation très occasionnelle il peut convenir, sinon, bien entendu, il faudra se tourner vers une série L du type 70-200 IS USM (F2,8) mais y mettre à peu près 2200 euros, nous sommes là dans une autre dimension.